[./riabouchinsky.htm]
[./freres_riabouchinsky.htm]
[./dimitri_riab.htm]
[./travaux_riab.htm]
[./riabushinsky27_works.htm]
[./genealogie.htm]
[http://gw2.geneanet.org/index.php3?b=kondratieff]
[./guide_de_genealogie.htm]
[./les_noms_russes.htm]
[./new_york.htm]
[./istanbul.htm]
[./inde.htm]
[./adivasi.htm]
[./vedas.htm]
[./dieux.htm]
[./sikhisme.htm]
[./moscou.htm]
[./st_petersburg.htm]
[./histoire_russie.htm]
[mailto:basile@kondratieff.org]
[http://www.lmsoft.com/PowerByLMSOFTEN]
[./aquarelles.htm]
[./auteur.htm]
[http://www.viadeo.com/fr/profile/basile.kondratieff]
[./anatole_k.htm]
[http://services.hit-parade.com/hp-livredor.asp?site=a17122]
[http://www.lmsoft.com/PowerByLMSOFTEN]
[http://orthodoxie.free.fr/floraison_du_monachisme_et_iconographie_p_kova.htm]
[./riabouchinsky.htm]
[Web Creator] [LMSOFT]


  

Les origines de la famille Riabouchinsky (Рябушинский)

    ↑
Source : Le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur,
sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Sur le livre de Vladimir Rjabušinskij : La vieille foi et le sentiment religieux russe
Bernard Marchadier
Cahiers du Monde Russe, Année 1980, Volume 21, Numéro 1

Le 25ème anniversaire de la fondation du partenariat des manufactures de Pavel Mikhailovitch Riabouchinsky et Fils (manufacture est un vieux nom donné aux fabriques de textiles) a été célébré par une cérémonie prodigieuse par la famille millionnaire Riabouchinsky en 1913.
Un livre commémorant cet évènement solennel ainsi que l’analyse des activités de la famille depuis trois générations a été écrit à cette occasion.
L’histoire de l’ascension du clan puissant des magnats industriels y a été exposée.
A la deuxième moitié du 15éme siècle un ermite appelé Paphnuse a fondé un ermitage non loin de la vieille ville russe de Borovsk.
Les pèlerins affluèrent au refuge et s’installèrent dans les villages voisins de Vysotsky, Roshcinsky et Rebushinsky.

Il nous faut maintenant consacrer quelques lignes à deux mouvements peu connus en Occident, mais qui influenceront plus tard la vie de l’Eglise Orthodoxe et ne perdront pas de leur importance jusqu’à nos jours.

Le premier concerne la grande floraison du monachisme dans le Nord et la lutte entre deux conceptions de la vie monacale: entièrement séparée de ce monde ou tout au contraire le desservant spirituellement et socialement.

Le deuxième a trait à la floraison de l’art iconographique, dont le sommet sera « La Trinité » d’André Roublev, reconnue maintenant comme un des chefs-d’œuvre de l’art religieux mondial.

Saint Serge de Radonège (1314-1392), le pacificateur du pays et fondateur de monastères, laissa comme héritage spirituel non seulement sa Grande Laure (archi-abbaye) de la Trinité, mais aussi une pléiade de disciples qui s’en iront par tout le pays, et surtout dans le Nord, pour y fonder des ermitages et des monastères. Certains travaillaient parallèlement à Saint Serge, mais tous avaient le même idéal spirituel. En peu de temps tout le Nord-Est de la Russie se couvrit d’abbayes. Nous ne pouvons pas en donner même une simple liste tant elles sont nombreuses et nous nous bornerons à trois qui sont les plus représentatives.

Saint Cyrille du Lac Blanc fut un des fondateurs ne relevant pas directement de Saint Serge. Fils de riches et nobles habitants de Moscou, orphelin en bas âge, il fut protégé par son oncle qui occupait une haute charge auprès du Grand Duc Dimitri. Une carrière militaire s’ouvrait devant lui, mais il préféra distribuer ses biens aux pauvres pour devenir simple moine dans un monastère de la capitale dédié à Saint Siméon. Saint Serge, quoique Cyrille n’était pas moine de son abbaye, l’encouragea et le conseilla dans sa voie ascétique. La vie dans un monastère citadin ne lui plaisait pas et il s’en alla dans le Nord sur les bords du Lac Blanc qui devint bientôt un centre important de vie monacale.

Elu abbé du nouveau monastère il composa une règle très sévère et donnait à tous l’exemple, dans les travaux et offices qu’il imposait.
Sa renommée était grande et de nombreux moines vinrent se mettre à son école. Saint Cyrille naquit au ciel en 1427 et fut canonisé un siècle plus tard.

Si Saint Cyrille donne à son abbaye et aux autres monastères autour du Lac Blanc une règle sévère et que ses disciples mènent une vie très austère loin des tribulations de son temps, un autre grand ascète, saint Paphnuse de Borovsk, adopte la règle de saint Serge, beaucoup plus humanisante et la vie monastique tournée vers le monde. Saint Cyrille était d'origine pay­sanne et d'une ascendance tatare. A 20 ans il devint moine du monastère de la Protection de la Sainte Vierge à Borovsk et il y passa de longues années de vie laborieuse et ascétique, faisant preuve de grande tolérance et d'humilité. Elu en 1431 abbé du monastère, il devint éducateur spirituel non seulement des moines de son abbaye, mais de tous ceux qui avaient recours à lui. Il aidait les pauvres, défendait les oppressés et ceux qui venaient de loin dans son monastère. Après une longue et grave maladie il quitta l'abbaye et alla fonder dans la forêt un ermitage pour y passer le reste de sa vie en prières, mais là aussi il fut rejoint par ceux qui cherchaient auprès de lui la protection.

Durant les années de famine et de pénurie, le monastère de Saint Paphnuce distribuait des vivres qui lui venaient de toutes parts. Le saint abbé souffrit beaucoup des autorités environnantes qui ne voulaient pas accepter qu'un moine les remplaçât dans leur activité sociale. Saint Paphnuce mourut en 1478 et fut canonisé lors du Concile des canonisations en 1547.


Il est intéressant de noter que parmi les paysans qui travaillaient sur les terres du monastère, se trouvent les ancêtres des grandes familles industrielles de Moscou, par exemple des "Riabouchinsky".


source texte : Floraison du Monachisme et de l'Art Iconographique au XVe siècle en Russie


En 1767 l’Impératrice Catherine II dite : " la Grande" a décrété que la totalité des terres du cloître et des paysans devenaient propriété de l’état.

La famille Riabouchinsky était originaire de la commune Rebuschinsky.
Mikhail, à 16 ans, était le premier à lancer sa propre affaire de ventes de sacs de vêtements et de lin sur la place du marché de Gostinyi Dvor.
Il a signé officiellement pour la troisième Guilde des marchands de Moscou en 1802 sous le nom de Yakovlev (son père s’appelait Yakov).

Pendant la "guerre patriotique" de 1812, Moscou a complètement brûlé et presque tous les marchands de Moscou ont été ruinés.

  

Le 15 septembre 1812, de nombreux foyers d'incendie éclatent à Moscou, prenant au dépourvu la Grande Armée
de Napoléon 1er.


Il
était un de ces commerçants entreprenants et loyaux, qui ont survécus et plus tard se succéderont.
En 1820 les autorités appropriées lui ont permis d’être nommé Rebushinsky qu’il a changé finalement en Riaboushinsky.
En 1846 M.Y Riabouchinsky a acheté un petit métier à tisser à Moscou.
Il formera son fils Pavel comme son futur successeur.

Pavel Mikhailovitch Riabouchinsky (1820-1899)

  

Pavel a servi comme garçon de courses dans le magasin de son père, dès l’âge de 14 ans.
Son travail a consisté à gérer quotidiennement les comptes. Les rapports du chiffre d’affaire et du bilan grandissaient
d’année en année.
Riabouchinsky construisait son affaire. Il a entretenu des bureaux dans cinq districts dans la région de Kaluga Gubernia.
Les gens ont raconté la longue histoire parmi les tisserands locaux de l’exploitation de 3000 métiers à tisser.
Les tissus étaient vendus dans les propres magasins Riabouchinsky. Il construisit deux fabriques dans les provinces, équipées respectivement de 600 et 200 métiers à tisser, importés de Manchester.

Mikhail Yakovlevitch mourut en 1858 lorsque son fils Pavel avait 38 ans, mais celui-ci avait passé déjà 25 ans à travailler pour la famille.
L’affaire florissait : en 1864 les deux frères ont acheté de nouveaux locaux dans Chizhoz podvorye ayant vendu les premiers et petits magasins du père pour 18.000 roubles.
Les frères ont fondé un partenariat sous le nom commercial de P.et V Riabouchinsky à Moscou qui à été dûment enregistré officiellement.

Fabrique de textiles "Riabouchinsky" photo de 1900

Propriété de Pavel Mikhailovitch Riabouchinsky à Koutchino (Ку́чино)

Pavel Mickhaïlovitch Riabouchinsky en famille          

En 1869 P.M. Riabouchinsky a acheté une filature de coton avec 268 axes à la société « A.Shilov et Fils», pour 268.000 roubles.
L’entreprise était située près de la station de Vyshni Volochyok sur la voie ferrée Nicolayev, à mi-chemin entre Moscou et St Petersburg.
Les quatre fils aînés de Pavel Mikhailovich se rendraient à Vyshni Volochyok selon les « coutumes d’été ».
Il devenait vieux et donc voulut que ses fils reprennent l’affaire. (Son frère était mort soudainement).
Il fonda le Partenariat des Manufactures de P.M. Riabouchinsky et Fils sous forme de propriété qui à son avis contribuait le plus à l’évolution de son affaire. Pavel Mikhailovitch mourut en 1899.

  
Les quatre de ses huit fils, ayant terminé leurs études à l’Académie des sciences Pratiques et leurs études supérieures achevées à l’étranger, ils ont travaillé activement dans l’affaire de leur père.
Un des frères Vladimir, a écrit que l'héritage des fabriques de textiles étaient semblables à ce qu' était l'héritage des châteaux aux chevaliers médiévaux.. Les trois frères juniors ont rejoint plus tard les aînés. L’un d’entre eux, Nikolaï dit le « polisson » a démissionné du Partenariat.

L’histoire de cette famille est trop riche d’enseignement et de détails significatifs pour qu’elle puisse ne pas être évoquée ici.
Elle commence au faubourg (sloboda) de Rebu
šinskaja, dans la province de Kaluga, non loin de la ville de Borovsk.

Nous voyons là un certain Mihail Jakovlevi
č (1786-1858), fils d’artisans sculpteurs sur bois, quitter le village vers l’année 1800.
Mihael n’est pas un vieux-croyant, quoique les lieux dont il se sépare soient pleins de souvenirs chers aux vieux-croyants.
Tout à coté du village se dresse le monastère Saint-Paphnuce. Avvakum y avait été enfermé pendant deux mois tandis que siégeait  le concile qui allait le condamner (1666). C’est là aussi que les boïarines Morozova et Urusova  avaient été détenues quelques années après. En remontant encore trois siècles, c’est là qu’Ivan Sanin, le futur saint Joseph de Volock , était arrivé à l’âge de vingt ans pour se mettre sous la direction de Saint Paphnuce, alors higoumène du monastère de Borovsk. Les vieux- croyants, nous le verrons, vénèrent particulièrement  la mémoire de Joseph de Volock, et cela  rattache encore le monastère de Borovsk à leur foi.
S’il n’est pas vieux-croyant, donc, il serait très étonnant que Mihail Jakovlevič ne soit pas au fait des prouesses des moines de l’ancien temps et de leurs illustres successeurs, les héroïques prisonniers du XVIIe siècle.


Arrivé à Moscou, il est embauché dans un magasin d’étoffes du Gostinnij Dvor, dont il devient assez vite le gérant. Les évènements dramatiques de 1812  font sur lui l’effet d’un choc profond et l’invasion étrangère le tourne, comme un certain nombre de ses compatriotes, vers les valeurs nationales négligées. C’est ainsi qu’il rejoint les rangs des vieux-croyants popovcy entre les années 1818-1820 prenant pour nom de famille le nom même de son village, bientôt transformé en Rjabušinskij.
Son patron, le marchand de tissu Skorovanov, se convertira lui aussi à la Vieille Foi en 1825.
Dans les années 1840-1850, la fortune de  Mihail Jakovlevič est déjà fermement établie.
En 1844 il rachète le magasin de son ancien patron, il possède des filatures de lin, de laine et de coton à Moscou et dans sa province natale de Kaluga.
Là-bas, il possède deux usines dont l’une est même équipée de matériel ultra moderne venu de Manchester.

Mihail Jakovlevič eut deux filles et trois garçons : Pavel, Ivan et Vasilij.
A ces derniers, il donna l’éducation stricte des vieux-croyants d’alors ;  très tôt les enfants devaient travailler comme les  adultes. C’est ainsi qu’Ivan entra dans les affaires à l’âge de seize ans.
Le père proscrivait l’habit « allemand » et  les distractions du monde.
On raconte qu’ayant surpris son fils Pavel en train d’apprendre le violon avec un émigré français, il lui brisa l’instrument sur le crâne.

Ivan (1818-1876) se brouilla vite avec  le reste de la famille.
Restait Pavel (1820-1899) et Vasilij (1826-1885).
Autant ce dernier était de naturel réservé, timide, voire même passif, autant le premier était actif, sanguin et entreprenant.
C’est lui qui fit le plus pour développer l’entreprise familiale, Vasilij s’intéressant d’avantage aux aspects techniques du métier.
Pavel n’avait pas hérité de l’austérité de son père.
Certes, il ne transigea jamais sur l’essentiel, refusant toujours de rejoindre l’Eglise officielle (edinoverie) malgré les risques de dégradation qu’un tel refus impliquait sous Nicolas Ier.
Mais il avait rejeté le kaftan pour la redingote occidentale et, s’il n’avait pu étudier le violon dans sa jeunesse, il se rattrapa par la suite en faisant venir chez lui des musiciens.
Il alla même un jour jusqu’à inviter des acteurs du Petit Théâtre (Malyj Teatr) à donner une représentation dans ses salons.
Après avoir divorcé de sa première femme, dont il avait eut 6 filles et un garçon mort à un mois, Pavel se remaria avec la fille d’un riche négociant pétersbourgeois qu’il avait tout d’abord choisie our son frère Vasilij.
Ce dernier, soumis, accepta que la belle, riche et,  dit-on, remarquablement intelligente fiancée lui échappât au profit
de son frère.

Aleksandra Stepanovna Ovsjanikova donna à Pavel huit filles et neuf fils dont Vladimir, notre auteur, né en 1873.
Le jeune Vladimir Pavlovi
č grandit dans une maison où la tradition était vivante, où l’on tenait très fermement à la religion de la vieille Russie, où l’on respectait le savoir ancien et où l’on aimait les livres d’autrefois, mais où l’intelligence, la curiosité scientifique et l’esprit d’entreprise n’étaient pas mis sous le boisseau.
Pavel Mihajlovi
č emplissait sa demeure d’icônes et veillait à ce que la piété traditionnelle imprégnât la vie quotidienne de sa maisonnée, mais il chercha toujours à donner à ses enfants la meilleure éducation possible, selon le « monde ».
Ses fils furent confiés à une gouvernante allemande et Vladimir, quand il eut l’âge, partit étudier le droit et l’économie à l’université de Heidelberg.
Son livre du reste, est la preuve qu’il reçut une éducation soignée.
Vieux-croyants, les Rjabušinskie l’étaient donc, mais de façon créatrice et dynamique.
Il n’y avait rein chez eux d’obscurantiste.
On peut se faire une idée de ce qu’ils étaient d’après le portrait que Vladimir brosse du riche marchand vieux-croyant  :

« … cultivé, portant la barbe et le long manteau, industriel talentueux, maître de centaines et parfois de milliers d’âmes, homme de travail mais aussi connaisseur de l’art russe ancien, archéologue, collectionneur d’icônes, de livres, de manuscrits, capable de s’orienter dans les questions d’histoire et d’économie, qui aime son négoce mais qui est plein d’exigences spirituelles … »

… image toute biblique du juste au milieu de ses troupeaux.

Plus qu’à son père, c’est au grand-père qu’il ne connut jamais que pense vraisemblablement Vladimir Pavlovič mais il est certain que l’idéal n’avait pas disparu avec Pavel Mihajlovič, quoique la réalisation en eût quelque peu changé avec le temps.
Or ajoute Vladimir, cet homme, ce riche, était un « moujik ».
Malgré la fortune et la puissance accumulées, le lien avec le passé, le peuple, avec la terre n’avait pas été rompu, et les principes ancestraux, nous l’avons vu, tenaient ferme.
La tradition patriarcale, la discipline, étaient fortes chez les Rjabušinskie, favorisées par le caractère familial de leur entreprise et par les liens confessionnels qui unissaient les patrons à leurs employés (quoique sur ce dernier point, l’esprit pratique des Rjabušinskie leur permît des exceptions :
outre la gouvernante déjà citée, un des mécaniciens qui travaillait chez eux au cours des années 1860, un dénommé C. Ludwig, était allemand).

Le « riche », dit saint Jean Chrysostome, « est  l’intendant  des biens du pauvre.
Ce principe chrétien,  le principe selon lequel  « richesse oblige », n’était pas perdu de vue dans la famille, même si l’attitude patriarcale de Mihail Jakovlevi
č s’était changé du temps de Pavel Mihajlovič en une sorte de paternalisme.
Entre les deux hommes, il faut le dire, était née la grande industrie, qui tendait à détruire les mœurs anciennes, à disperser les hommes et à dépersonnaliser leurs rapports.
A l’actif de ses œuvres philanthropiques, la maison Rjabušinskij pouvait citer un service d’assistance médicale gratuite pour ses ouvriers (dès 1870), une école pour leurs enfants, un refuge pour les veuves et les orphelins des familles de marchands (en 1895), un hospice (en 1900).
En outre la règle s’est toujours maintenue qu’un ouvrier ne pouvait être licencié qu’en cas d’ivrognerie invétérée.
Toute demande de licenciement était considérée comme une disgrâce pour la firme.
Avec la troisième génération, l’entreprise prend un tour capitaliste déterminé.
En 1902 les fils de Pavel, fondent leur banque qui devient en 1912 la Banque de Moscou, société par actions au capital de vingt millions de roubles.
Leur activité industrielle se développe dans des branches autres que le textile : exploitation forestière et même industrie automobile.
Mihail Pavlovi
č (1880-1960) s’intéressait surtout à la gestion financière et aux problèmes strictement économiques (voir l’analyse que Mme M.-L. Lavigne fait de son projet de concentration industrielle).
Pavel Pavlovi
č, l’aîné (1871-1924), s’occupait davantage des questions politico-économiques.
Il eût toute sa vie une activité débordante. Il était président  de l’association des fabricants cotonniers et du comité boursier de Moscou.
Avec D.V. Sirotkin, il organisa un congrès de vieux-croyants sur les questions de réforme agraire.
En 1904, il avait essayé de fonder un « parti constitutionnel », proche du « groupe du 17 octobre » (octobristes).
A partir de 1907 il essaya de défendre dans son journal  Utro Rossii une politique industrielle et économique cohérente.
De 1906 à 1909 il édita même avec son frère Nikolaj (1877-1951) une revue d’art bien connue à l’époque, Zolotoe Runo.
En 1912, quand la bourgeoisie nationaliste fonda le « parti progressiste », Pavel  Pavlovi
č en devint l’un des membres les plus influents.
En mars 1917, il fut élu président de l’Union pan-russe du commerce et de l’industrie.
Il employa sa charge à défendre une politique économique très austère, déclarant avec sa véhémence coutumière qu’il fallait « étouffer la révolution, menaçante avec la main osseuse de la famine ».
Cette phrase l’a desservi auprès des générations suivantes.
A la même époque, il devenait président du Congrès  général des vieux-croyants.

Vladimir semble avoir été le plus religieux des frères Rjabušinskie. Mais il ne se tenait par pour autant à l’écart des activités commerciales et industrielles de l’entreprise familiale.
Il faisait partie du conseil d’administration de la Banque de Moscou, était conseiller municipal, s’intéressait de près  à Utro Rossii . Nous avons vu que, pour lui comme pour tous les siens, le négoce  — à condition qu’il n’allât pas contre les principes de la morale et les exigences de la conscience — n’était pas incompatible avec la Vieille Foi.
Bien au contraire : dans un monde en proie au changement et victime de son admiration stupide de toute mode venue de l’étranger, « être riche » permettait de sauvegarder ce que les traditions nationales avaient de précieux.
Ainsi — et ainsi seulement — les Rjabušinskie justifiaient leur activité commerciale et financière : non pas une fin, mais un moyen.
On n’est donc pas fondé à comparer les vieux-croyants russes aux puritains anglo-saxons, comme le fait A. Gerschenkron.
La meilleure preuve que les vieux-croyants moscovites tout éclairés et tout entreprenant qu’ils fussent, n’étaient pas les artisans du capitalisme moderne comme le furent, selon Max Weber, les protestants occidentaux, c’est qu’ils surent mal s’adapter aux exigences de ce dernier, contrairement aux grands capitalistes pétersbourgeois par exemple qui, eux, n’étaient pas vieux- croyants.
La révolution d’octobre eût tôt fait de ruiner tout cela. Les Rjabušinskie soutinrent l’armée volontaire de Denikin de leurs moyens matériels et politiques mais il leur fallut vite eux aussi prendre leur parti de la défaite et quitter la Russie.
En exil, la fièvre de l’action n’abandonna pas Pavel , qui fonda  une « Union des industriels russes ».
L’un des Rjabušinskie, Dimitrij Pavloviè (1882-1962 fit en  France une belle carrière scientifique.
Il enseigna l’aérodynamique à la Sorbonne et fut membre correspondant de l’Académie de Sciences.

Contrairement à ses frères, Vladimir ne rasa pas sa barbe à l’étranger : il était et resterait  vieux-croyant  jusqu’à sa mort, rassemblant des icônes, organisant des expositions et des conférences, fréquentant assidûment la chapelle de Joinville- le- Pont (démolie depuis lors) et défendant l’héritage spirituel de ses ancêtres dans le livre que allons examiner maintenant.
Sur la fin de ses jours il était devenu aveugle. Il s’éteignit à Vincennes en 1955.