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Source : Le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur,
sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Sur le livre de Vladimir Rjabušinskij : La vieille foi et le sentiment religieux russe
Bernard Marchadier
Cahiers du Monde Russe, Année 1980, Volume 21, Numéro 1
Le 25ème anniversaire de la fondation du partenariat des manufactures de Pavel Mikhailovitch Riabouchinsky et Fils (manufacture est un vieux nom donné aux fabriques de textiles) a été célébré par une cérémonie prodigieuse par la famille millionnaire Riabouchinsky en 1913.
Un livre commémorant cet évènement solennel ainsi que l’analyse des activités de la famille depuis trois générations a été écrit à cette occasion.
L’histoire de l’ascension du clan puissant des magnats industriels y a été exposée.
A la deuxième moitié du 15éme siècle un ermite appelé Paphnuse a fondé un ermitage non loin de la vieille ville russe de Borovsk.
Les pèlerins affluèrent au refuge et s’installèrent dans les villages voisins de Vysotsky, Roshcinsky et Rebushinsky.
Il nous faut maintenant consacrer quelques lignes à deux mouvements peu connus en Occident, mais qui influenceront plus tard la vie de l’Eglise Orthodoxe et ne perdront pas de leur importance jusqu’à nos jours.
Le premier concerne la grande floraison du monachisme dans le Nord et la lutte entre deux conceptions de la vie monacale: entièrement séparée de ce monde ou tout au contraire le desservant spirituellement et socialement.
Le deuxième a trait à la floraison de l’art iconographique, dont le sommet sera « La Trinité » d’André Roublev, reconnue maintenant comme un des chefs-d’œuvre de l’art religieux mondial.
Saint Serge de Radonège (1314-1392), le pacificateur du pays et fondateur de monastères, laissa comme héritage spirituel non seulement sa Grande Laure (archi-abbaye) de la Trinité, mais aussi une pléiade de disciples qui s’en iront par tout le pays, et surtout dans le Nord, pour y fonder des ermitages et des monastères. Certains travaillaient parallèlement à Saint Serge, mais tous avaient le même idéal spirituel. En peu de temps tout le Nord-Est de la Russie se couvrit d’abbayes. Nous ne pouvons pas en donner même une simple liste tant elles sont nombreuses et nous nous bornerons à trois qui sont les plus représentatives.
Saint Cyrille du Lac Blanc fut un des fondateurs ne relevant pas directement de Saint Serge. Fils de riches et nobles habitants de Moscou, orphelin en bas âge, il fut protégé par son oncle qui occupait une haute charge auprès du Grand Duc Dimitri. Une carrière militaire s’ouvrait devant lui, mais il préféra distribuer ses biens aux pauvres pour devenir simple moine dans un monastère de la capitale dédié à Saint Siméon. Saint Serge, quoique Cyrille n’était pas moine de son abbaye, l’encouragea et le conseilla dans sa voie ascétique. La vie dans un monastère citadin ne lui plaisait pas et il s’en alla dans le Nord sur les bords du Lac Blanc qui devint bientôt un centre important de vie monacale.
Elu abbé du nouveau monastère il composa une règle très sévère et donnait à tous l’exemple, dans les travaux et offices qu’il imposait.
Sa renommée était grande et de nombreux moines vinrent se mettre à son école. Saint Cyrille naquit au ciel en 1427 et fut canonisé un siècle plus tard.
Si Saint Cyrille donne à son abbaye et aux autres monastères autour du Lac Blanc une règle sévère et que ses disciples mènent une vie très austère loin des tribulations de son temps, un autre grand ascète, saint Paphnuse de Borovsk, adopte la règle de saint Serge, beaucoup plus humanisante et la vie monastique tournée vers le monde. Saint Cyrille était d'origine paysanne et d'une ascendance tatare. A 20 ans il devint moine du monastère de la Protection de la Sainte Vierge à Borovsk et il y passa de longues années de vie laborieuse et ascétique, faisant preuve de grande tolérance et d'humilité. Elu en 1431 abbé du monastère, il devint éducateur spirituel non seulement des moines de son abbaye, mais de tous ceux qui avaient recours à lui. Il aidait les pauvres, défendait les oppressés et ceux qui venaient de loin dans son monastère. Après une longue et grave maladie il quitta l'abbaye et alla fonder dans la forêt un ermitage pour y passer le reste de sa vie en prières, mais là aussi il fut rejoint par ceux qui cherchaient auprès de lui la protection.
Durant les années de famine et de pénurie, le monastère de Saint Paphnuce distribuait des vivres qui lui venaient de toutes parts. Le saint abbé souffrit beaucoup des autorités environnantes qui ne voulaient pas accepter qu'un moine les remplaçât dans leur activité sociale. Saint Paphnuce mourut en 1478 et fut canonisé lors du Concile des canonisations en 1547.
source texte : Floraison du Monachisme et de l'Art Iconographique au XVe siècle en Russie
En 1767 l’Impératrice Catherine II dite : " la Grande" a décrété que la totalité des terres du cloître et des paysans devenaient propriété de l’état.
La famille Riabouchinsky était originaire de la commune Rebuschinsky.
Mikhail, à 16 ans, était le premier à lancer sa propre affaire de ventes de sacs de vêtements et de lin sur la place du marché de Gostinyi Dvor.
Il a signé officiellement pour la troisième Guilde des marchands de Moscou en 1802 sous le nom de Yakovlev (son père s’appelait Yakov).
Pendant la "guerre patriotique" de 1812, Moscou a complètement brûlé et presque tous les marchands de Moscou ont été ruinés.
Le 15 septembre 1812, de nombreux foyers d'incendie éclatent à Moscou, prenant au dépourvu la Grande Armée
de Napoléon 1er.
Il était un de ces commerçants entreprenants et loyaux, qui ont survécus et plus tard se succéderont.
En 1820 les autorités appropriées lui ont permis d’être nommé Rebushinsky qu’il a changé finalement en Riaboushinsky.
En 1846 M.Y Riabouchinsky a acheté un petit métier à tisser à Moscou.
Il formera son fils Pavel comme son futur successeur.
Pavel a servi comme garçon de courses dans le magasin de son père, dès l’âge de 14 ans.
Son travail a consisté à gérer quotidiennement les comptes. Les rapports du chiffre d’affaire et du bilan grandissaient
d’année en année.
Riabouchinsky construisait son affaire. Il a entretenu des bureaux dans cinq districts dans la région de Kaluga Gubernia.
Les gens ont raconté la longue histoire parmi les tisserands locaux de l’exploitation de 3000 métiers à tisser.
Les tissus étaient vendus dans les propres magasins Riabouchinsky. Il construisit deux fabriques dans les provinces, équipées respectivement de 600 et 200 métiers à tisser, importés de Manchester.
Mikhail Yakovlevitch mourut en 1858 lorsque son fils Pavel avait 38 ans, mais celui-ci avait passé déjà 25 ans à travailler pour la famille.
L’affaire florissait : en 1864 les deux frères ont acheté de nouveaux locaux dans Chizhoz podvorye ayant vendu les premiers et petits magasins du père pour 18.000 roubles.
Les frères ont fondé un partenariat sous le nom commercial de P.et V Riabouchinsky à Moscou qui à été dûment enregistré officiellement.
En 1869 P.M. Riabouchinsky a acheté une filature de coton avec 268 axes à la société « A.Shilov et Fils», pour 268.000 roubles.
L’entreprise était située près de la station de Vyshni Volochyok sur la voie ferrée Nicolayev, à mi-chemin entre Moscou et St Petersburg.
Les quatre fils aînés de Pavel Mikhailovich se rendraient à Vyshni Volochyok selon les « coutumes d’été ».
Il devenait vieux et donc voulut que ses fils reprennent l’affaire. (Son frère était mort soudainement).
Il fonda le Partenariat des Manufactures de P.M. Riabouchinsky et Fils sous forme de propriété qui à son avis contribuait le plus à l’évolution de son affaire. Pavel Mikhailovitch mourut en 1899.
L’histoire de cette famille est trop riche d’enseignement et de détails significatifs pour qu’elle puisse ne pas être évoquée ici.
Elle commence au faubourg (sloboda) de Rebušinskaja, dans la province de Kaluga, non loin de la ville de Borovsk.
Nous voyons là un certain Mihail Jakovlevič (1786-1858), fils d’artisans sculpteurs sur bois, quitter le village vers l’année 1800.
Mihael n’est pas un vieux-croyant, quoique les lieux dont il se sépare soient pleins de souvenirs chers aux vieux-croyants.
Tout à coté du village se dresse le monastère Saint-Paphnuce. Avvakum y avait été enfermé pendant deux mois tandis que siégeait le concile qui allait le condamner (1666). C’est là aussi que les boïarines Morozova et Urusova avaient été détenues quelques années après. En remontant encore trois siècles, c’est là qu’Ivan Sanin, le futur saint Joseph de Volock , était arrivé à l’âge de vingt ans pour se mettre sous la direction de Saint Paphnuce, alors higoumène du monastère de Borovsk. Les vieux- croyants, nous le verrons, vénèrent particulièrement la mémoire de Joseph de Volock, et cela rattache encore le monastère de Borovsk à leur foi.
S’il n’est pas vieux-croyant, donc, il serait très étonnant que Mihail Jakovlevič ne soit pas au fait des prouesses des moines de l’ancien temps et de leurs illustres successeurs, les héroïques prisonniers du XVIIe siècle.
… image toute biblique du juste au milieu de ses troupeaux.
Plus qu’à son père, c’est au grand-père qu’il ne connut jamais que pense vraisemblablement Vladimir Pavlovič mais il est certain que l’idéal n’avait pas disparu avec Pavel Mihajlovič, quoique la réalisation en eût quelque peu changé avec le temps.
Or ajoute Vladimir, cet homme, ce riche, était un « moujik ».
Malgré la fortune et la puissance accumulées, le lien avec le passé, le peuple, avec la terre n’avait pas été rompu, et les principes ancestraux, nous l’avons vu, tenaient ferme.
La tradition patriarcale, la discipline, étaient fortes chez les Rjabušinskie, favorisées par le caractère familial de leur entreprise et par les liens confessionnels qui unissaient les patrons à leurs employés (quoique sur ce dernier point, l’esprit pratique des Rjabušinskie leur permît des exceptions :
outre la gouvernante déjà citée, un des mécaniciens qui travaillait chez eux au cours des années 1860, un dénommé C. Ludwig, était allemand).